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Nous avons passé une très mauvaise nuit. Nos fichiers météo GRIB, selon deux modèles, prédisaient 20 ou 25 nœuds de vent du Nord sur de vastes zones. Nous avons eu, au lieu de cela, 35 nœuds de vent du Nord, soutenu, et jusqu’à 38 nœuds, ce qui a engendré une grosse mer, avec des déferlantes de quatre à cinq mètres. Cela a duré la plus grande partie de l’après-midi. Puis, soudain, plus rien. Le vent est tombé à zéro en à peine quelques minutes. Nous savions que nous nous approchions d’un front (même si cela n’apparaissait pas dans la rubrique de notre site Internet météo consacrée aux fronts). Le bateau, avec une quille et quatre ballasts pleins, penchait dans tous les sens, les voiles étaient rabattues d’un côté des vagues, par lesquelles le bateau était balloté. Il n’était pas possible de tenir debout dans le cockpit. J’ai alors dû éteindre le pilote automatique, dans la mesure où la vitesse n’était pas suffisante pour gouverner.

Puis j’ai vu la ligne des vents qui se dirigeait sur nous, avec de petites vagues vicieuses au-dessus de l’énorme reliquat de mer. Ça tapait, à 25 nœuds, puis à 30 nœuds, 35 nœuds, le tout en l’espace de cinq minutes, depuis l’Ouest, de sorte que nous étions projetés, à grande vitesse, dans le train de vagues. Je l’ai dit auparavant, et c’est de nouveau le cas, le fait que le mât soit toujours sur le bateau me dépasse. Le vacarme que produit le bateau lorsque qu’il rebondit sur une vague et s’écrase est terrifiant. L’ordinateur portable s’est éteint à environ cinq reprises, en conséquence de son débranchement du poste, nous pensons.

Je n’avais en outre jamais vu la courbe d’un baromètre plonger, comme le tracé de ce que vous écrivez si quelqu’un cogne contre la table. Puis le vent d’Ouest a lentement viré vers le Nord-Ouest, mais s’est maintenu à un solide 35 nœuds. J’ai finalement estimé qu’il convenait, pour ce bateau, pour le sauver, de prendre un troisième ris, car il n’allait pas survivre à de tels bonds et chutes dans les creux. Cela a bien entendu impliqué de naviguer directement dans le train de mer, de sorte que la grand-voile flotterait de nouveau sur le mât, et de prendre un ris. Une telle manœuvre est dangereuse y compris à l’intérieur du rouf.

Alors que le vent atteignait 38 nœuds, nous avons commencé à nous approcher de la limite de la trinquette, le foc de tempête étant alors la seule option. Mais la météo prévoyant 20-25 nœuds, je l’avais rangé. Dans l’obscurité, par conséquent, dans le chaos le plus complet, j’ai rampé, sur le pont, pour le gréement du foc de tempête (nous n’avons pris qu’une vague dans la trappe du coqueron avant – ce que j’ai jugé satisfaisant), et pour son réglage. Toute l’opération était extrêmement dangeureuse. Nous avions discuté du fait de se trouver, harnaché, sur le pont, avec Éric Bellion, et de la manière dont une seule vague pouvait vous emporter. Nous avons effectivement pris une vague, mais elle ne m’a pas complètement eu, un jour où je rampais pour ramener l’écoute dans le cockpit. Une fois le foc de tempête réglé, je suis descendu pour essayer de dormir. C’était assez difficile, avec le vacarme du bateau qui se fracassait et de la mer qui tapait. Et je devais constamment passer derrière la table des cartes et redémarrer l’ordinateur.

C’était une nuit affreuse. Les autres bateaux du groupe, suffisamment loin et à l’Est, ont été épargnés. Je m’étais maintenu un peu à l’ouest pour tenter un itinéraire plus direct et essayer de gagner un peu de terrain. Ça s’est retourné contre moi. Nous sommes maintenant coupés du groupe par un système météo. Nous n’avons l’air d’un groupe que si l’on regarde tout un océan. Mais nous n’en sommes vraiment plus un.

Le vent a commencé à diminuer, ce matin, et à virer vers le Sud. J’ai donc dû reprendre des ris. Je suis passé deux fois au deuxième ris, puis au premier ris, en l’espace de cinq minutes. La force physique que ce bateau requiert est indescriptible. Je suis épuisé et, franchement, démoralisé. Je crois que nous n’avons vu le soleil qu’une fois dans l’océan Austral. C’est de nouveau la même chose ici. Nous avons eu une journée et un après-midi de soleil. Le reste du temps, comme aujourd’hui, et comme si nous étions de retour dans l’océan Indien : du gris, du gris et encore du gris.

Position
41° 27’S x 46° 38’O
Cap
17° vrai
Vitesse
9,9 nœuds
Carnet de bord
22 278 mn
Vitesse du vent réel
16 nœuds
Direction du vent réel
229°
Voilure (cliquez pour accéder au diagramme)
Grand-voile (1 ris) plus solent
Température de l’air
55 °F / 12,7 °C
Température de la mer
64° F / 17,7° C

Tours de manivelle sur colonne de winch (par jour) Ampères-heures : Alternateur (total) Ampères-heures : Solaire (total) Ampères-heures : Hydrogénérateur (total) Ampères-heures : Éolienne (total)
4773 1603 19 115 3057